| OBJET
: installation interactive avec le public
Ephémère
: installation filmée
En arrivant dans cette grande
salle, haute de plafond et entièrement blanche (comme un
hôpital, froide mais lumineuse, aseptisée comme ce
que l’on peut imaginer du « passage » de la vie
à la mort.)
Ce que l’on appelle « la sortie du tunnel », «
la porte »….
En arrivant donc, dans cette
« usine de la vie »
le spectateur est tout de suite confronté à cette
installation qui s’impose à
l’instant même à lui, à sa vie...
L’installation, confortée
de par cette « ambiance » gênante car (réalité
aseptisée de notre devenir), est devant lui, en apesanteur.
A la hauteur de l’horizon, dans
l’axe moyen de sa vue, et de son devenir…
Déjà le sens est donné.
Je
vois.
Un nombre qui semble incalculable de ballons, non ! De capotes survolant
le sol, celles-ci pleines, pleines de quoi ?
C’est en s’approchant que je m’aperçois
alors, qu’il s’agit d’un
énorme cercle, et que ces capotes sont suspendues
par des fils de pêche transparents, accrochés
très haut dans le ciel de l’usine...
Ce cercle de capotes est impressionnant de par sa taillez (environ
6 mètres de diamètre)
Mais l’émotion que l’on
ne veut pas se faire accepter au départ, est là et
s’impose, devant nous, comme
inévitable.
Ce sont bien des enfants qu’il
y a dans ces capotes….
Des bébés en plastique,
des poupons, des « baigneurs
», baignant dans de
drôles de liquides amniotiques.
La sensation est lourde, pesante.
Des bébés, des capotes, un cercle...
Alors je suis là, devant ce cercle, ces capotes me regardent,
je décide d’en faire le tour, et je ressens l’irrésistible
envie de pénétrer au centre de ce cercle...
L’artiste avait-il voulu représenter la vie... ??
Apparemment, oui.
Car sous ces capotes nous voyons marqué au sol comme
une épitaphe : "0" et collé à
sa gauche "99".
Ces 2 chiffres seraient-ils les symboles
résumant la vie ??, les 9 mois de gestation...?
J’entre.
Silence.
Ne suis-je pas à l’intérieur
d’un ventre ?
Ne suis-je pas alors au centre de ma vie ?
Ces capotes mes parlent, pourquoi
?
Alors le thème de l’expo «
protéger la vie »…
Ces capotes me parlent, pourquoi
?
Ces enfants à l’intérieur, qui me regardent,
ils ont l’air si heureux à
l’abri, dans ce ventre, et ce
réservoir contenant ce
liquide « nourricier... »
Mais oui ! regarde…
On dirait un sein de femme.
Le sein de ma mère,
le ventre de ma mère.
Je suis au centre du ventre de ma
mère, et je regarde autour de moi, ces
bébés, ces enfants, ce tas de cendres….
La capote qui correspond au numéro 0 est une espèce
de fœtus.
Puis, alors qu’après avoir franchi
le « cercle de la vie »
et m’y être retrouvé
au centre, je constate que l’action d’y être
entré a déclenché le mouvement
et les chocs de toutes ces capotes, ces étapes.
Car en fait, en regardant de plus près, je m’aperçois
que ce sont des étapes de
ma vie...
Des objets chronologiques à
celle-ci sont placés avec chaque bébé grandissant.
Dans chacune des capotes, des années écoulées...
Une sucette, une dent, « la souris est-elle passée
», un cartable, des clés de voiture, une capote, un
livret d’épargne, une déclaration d’impôt,
une bague de mariage, un divorce peut-être, du Prosac, du
Viagra, un dentier… des cendres.
En entrant dans cette pièce,
je n’aurais jamais imaginé prendre conscience si brutalement
et si rapidement de notre existence...
Maintenant me voilà, enveloppé
par moi-même et mes souvenirs.
Je me place, me rappelle, me situe...
Tout le cercle est en mouvement
autour de moi, certains n’ont pas osé rentrer. Je les
vois….
Je lève la tête au ciel
et je m’aperçois que 4
caméras me surveillent, me
filment. Dieu ? Le jugement dernier ? La sécurité
? …
C’est alors que mon voisin qui commente,
et se positionne en tournant inexorablement,
mais lentement dans le sens logique de sa vie et son déroulement,
me double, passe
dans mon dos, me saute…
Vexé,
je songe, je ralentis, je m’arrête
même, et je le regarde comme énervé de m’apercevoir
et de réaliser que je ne suis pas le seul à vivre
dans cette sphère, dans ce cercle intimiste, mais alors universel...
Il avance comme
frénétique, son front sue, ses yeux brillent,
son comportement semble s’emballer…
Il pousse de sa grosse main moite,
les capotes les unes après les autres, entraînant
ainsi, un mouvement pseudo-perpétuel,
rapide, énervant, dérangeant.
Il touche alors une capote
si pleine de je ne sais quel objet
et de ce bébé, vieillit par l’âge et l’existence
qui le regarde.
Soudain, un bruit anormal,
une étrange explosion
comme une bombe, un accident, des
éclaboussures, des déchets, des morceaux de vie, du
liquide rouge et blanc.
Par terre...
Je suis, il est,
nous sommes ... stupéfaits, éclaboussés,
souillés par cet acte irrémédiable,
auquel nous venons d’assister impuissant.
Cà c’est passé si vite, on ne pouvait rien
faire...
Et je regarde cet homme qui m’avait doublé quelques
minutes auparavant. Arrêté,
momifié, souillé de ce rouge sang sur son visage...
et ses mains...
Pétrifié d’avoir
arrêté sa vie.
Réalisant alors la fragilité
de chaque instant,
... Mais il est trop tard
…
« Protéger la vie »
je comprends maintenant...
Je lève la tête au ciel,
comme pour prier... et regarde mes caméras...
Resteront-elles encore la mémoire
de notre existence ? de notre
passage sur terre, si bref, si fragile ?
« Protéger la vie »,
Telle est notre vie... et notre rôle...
Mais comment et à quel prix ?
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